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    Le développement d’une cirrhose du foie causée par un excès de soda ?

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    Les spécialistes se sont réunis ces jours-ci à l’Institut Pasteur afin de tenir un colloque. Leur sujet d’inquiétude : la stéatose métabolique non alcoolique1 ou NASH (Non alcoholic steato hepatitis), une pathologie dont les conséquences sont alarmantes : environ 20 % des personnes qui en souffrent développeront, à terme, une cirrhose2 voire un cancer du foie.

    Accusé principal : Une alimentation trop riche en sucre, très toxique pour les cellules hépatiques.

    L’alcool est loin d’être le seul responsable des cirrhoses du foie, c’est ce que révèle une étude parue dans la revue américaine Journal of Hepatology dont l’auteur principal est Jiantao Ma, de la Tufts University (Massachussets), diplômé de la Friedman School of Nutrition Science and Policy. Le rôle néfaste que peuvent jouer dans ce domaine les sodas sucrés a ainsi été mis en évidence : le risque pour les personnes utilisant quotidiennement ce type de boissons tels que colas et autres sodas mais aussi jus de fruits sans bulles, est de créer un important dépôt de lipides sur le foie lequel peut déclencher une NASH. En revanche les sodas dits “light” ne seraient pas incriminés mais il est préférable de les limiter car ils entretiennent le goût pour les produits sucrés.

    Une cirrhose voire un cancer du foie peuvent se développer après une NASH, et «nous avons plein d’exemples de patients qui ne boivent pas une goutte d’alcool, n’ont jamais eu d’hépatite virale3, et se voient diagnostiquer une cirrhose avec pour seul facteur de risque, le fait qu’ils boivent plusieurs sodas par jours», témoigne Pr Lawrence Serfaty, hépatologue à l’hôpital Saint-Antoine et coorganisateur, fin juin à l’Institut Pasteur, d’un colloque dédié à cette maladie.

    Une étude montrant le rôle néfaste d’une consommation excessive de soda sur le foie.

    L’étude, portant sur 2634 volontaires des deux sexes, consistait à leur faire noter leur consommation quotidienne de ces boissons (avec ou sans caféine), le nombre de calories consommées par jour, leur consommation éventuelle de tabac et d’alcool. Ensuite, les scientifiques ont mesuré la quantité de lipides dans le foie de chaque volontaire par scanographie. Ils ont ainsi constaté une prévalence de la NASH chez les individus consommant plus d’une boisson sucrée par jour, par rapport à ceux s’abstenant d’en boire.



    les personnes buvant quotidiennement des boissons sucrées auraient 55 % de risque supplémentaire de développer une stéatose métabolique

    Vers une épidémie dans les pays développés ?

    Le lien entre les boissons sucrées et le développement d’autres pathologies n’est plus à démontrer : « notre étude s’ajoute à un important corpus d’articles consacrés au sujet et se focalise sur la relation existant entre la consommation de boissons sucrées et l’apparition de la NASH et d’autres maladies chroniques dont le diabète et les problèmes cardiovasculaires » indiquent les chercheurs. Aussi, en France, «au vu du nombre de personnes obèses ou en surpoids, on peut estimer que 20 % environ des adultes ont une stéatose», précise le Pr Ratziu (professeur d’hépatologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière). En outre, il y a tellement de cas de NASH qui évoluent en parallèle de l’obésité et du diabète que certains évoquent même le terme d'”épidémie”.

    On sait déjà depuis le International Liver Congress de 2011 que le NASH prend des proportions inquiétantes de par le monde et se développe aux États-Unis par exemple à une échelle quasi-épidémique. Les chiffres de 2014 indiquent que cette maladie est devenue la première maladie du foie dans les pays développés. Des études portant sur près de 40 000 adultes montrent un doublement des chiffres en 20 ans depuis 1988, une projection laissant présager que d’ici quinze ans la moitié de la population de ces pays pourrait être atteinte.

    Les recommandations à suivre pour limiter les risques.

    Selon l’auteur de ces travaux, Mark Thursz, de l’Association européenne pour l’étude du foie, « il est impératif que les systèmes de santé continuent à proposer des programmes éducatifs pour sensibiliser le grand public et l’alerter sur les risques en insistant sur l’importance d’une alimentation saine et de l’exercice » car « l’effet NASH observé aux États-Unis pourrait avoir un écho dans le monde entier ».

    En mars dernier, l’OMS (Organisation Mondiale de Santé), s’alarmant de l’accroissement de ces maladies métaboliques liées à une consommation excessive de sucre, met en garde : il faut réduire notre consommation de sucre, et surtout en manger moins à notre insu, c’est-à-dire dans les aliments industriels et notamment les sodas. Ainsi, l’instance sanitaire recommandait de limiter la consommation de ce produit à 10% de la ration énergétique quotidienne : environ 50 grammes, soit 4 cuillères à soupe de sucre . Si possible, dit l’OMS pour la première fois, il faudrait même réduire cette quantité à 5 %.

    Quelques repères :

    L’OMS recommande 50 grammes de sucre par jour (environ 10 morceaux de sucre) :
    • Une cuillère à soupe de sirop à mélanger dans de l’eau = 10 g de sucre
    • Une bouteille de 33 cL d’eau aromatisée  = 15 g de sucre
    • Un verre de jus d’orange pur jus = 20 g de sucre
    • Une canette de soda type cola = 30 g de sucre
    • Un verre de boisson énergétique = environ 23 g de sucre


     

    1 La stéatose hépatique non alcoolique est une surcharge en graisse du foie sans rapport avec la prise d’alcool. C’est une maladie le plus souvent sans symptômes mais dont la prévalence est actuellement en augmentation en raison du surpoids de plus en plus fréquent. Le problème est une évolution possible, dans un faible nombre de cas, vers une cirrhose, confirmant l’intérêt de son diagnostic.

    2 La cirrhose est une maladie chronique (s’étalant sur une longue période) du foie qui se caractérise par une réorganisation des tissus composant le foie associée à une altération des cellules du foie elles-mêmes. La cirrhose constitue l’une des premières causes de martalité dans les pays industrialisés.

    3 Une hépatite virale est une infection provoquée par des virus se développant aux dépens du tissu hépatique. Différents virus peuvent attaquer le foie. Les hépatites A, B et C sont les plus courantes, mais il existe également les hépatites D et E.


    Sources :

    Dictionnaire de médecine de Jean-Marc Costa, frédérique Delatour, françois Faurisson, Christian Girod, Pierre kamoun et Bernard Rouveix, édition Flammarion, 1998.


    Sources :

    Santé, Science et conscience n°3, Septembre 2015, “Alerte aux cirrhoses des buveurs de colas”, page 19.

    Le figaro

    Nouvel observateur


    Image :

    wikimedia.org

    7 COMMENTAIRES

    1. Cet article est très intéressant , cela me conforte dans l’idée que j’ai de la consommation de boissons sucrées tels que sodas,colas et jus de fruits industriels !
      En trop grandes quantités , ils sont nuisibles pour notre santé ! Je pense qu’une information au niveau scolaire devrait être faite (dès la maternelle).

      • Bonjour Isabelle et merci pour votre commentaire. Effectivement, comme tout aliment consommé en trop grande quantité, le sucre peut entraîner de sérieux problèmes métaboliques au long terme tel que le NASH décrit dans cet article mais également un risque de surpoids, obésité voire diabète…D’où l’importance d’une éducation à l’alimentation équilibrée et ce, vous avez raison, dès le plus jeune âge.

        Il existe déjà des mesures mises en place dans les écoles qui ont permis de prévenir en partie ce genre de problèmes de santé et peut être même ont permis une certaines prise de conscience de la part des parents et du personnel enseignant.

        Je pense en particulier au PNNS (Programme National Nutrition Santé) lancé en 2001 qui vise à améliorer l’état de santé de la population et notamment des enfants en proposant des recommandations fiables en terme de nutrition.
        Nous pouvons également citer le plan obésité lancé en 2010 qui propose des axes d’actions afin de réduire le surpoids et l’obésité chez l’enfant par exemple.

        En pratique dans les écoles, des mesures ont ainsi été mises en place tels que des ateliers sur le goût, des collations le matin qui sont désormais ni systématique ni obligatoire, les gouters d’ anniversaires qui sont regroupés par mois, une restauration plus adaptée et équilibrée etc…

        Cependant ces textes ne sont qu’à titre de recommandation et, bien qu’ils soient de plus en plus pris en considération, il y a encore beaucoup de chemin à faire dans certains établissements.

    2. Je trouve cet article très bien écrit et intéressant, il est important d’informer sur les problèmes liés au sucre. Mais il ne faut malheureusement pas oublier la quasi omniprésence de celui-ci dans les produits industriels consommés tous les jours à notre époque, et l’addiction qu’il procure. Cela le rend quasi inévitable ou en tout cas cela nous demande beaucoup d’effort et d’attention quand on veut l’éviter le + possible…

      • Bonjour Morgane, merci de votre réaction. Effectivement, le sucre est malheureusement très présent dans l’alimentation industrielle…sans parler du sel et des graisses saturées aussi néfastes en trop grande quantité.

        Il faut savoir que le sucre n’est pas à bannir de notre alimentation, il faut juste contrôler sa consommation et cela passe par une alimentation variée et équilibrée. Il existe cependant quelques petits gestes simples qui peuvent aider à diminuer notre consommation de sucre. Évidemment, ce que l’on peut suggérer dans le meilleur des cas ce serait d’éviter au maximum les produits industriels qui sont bourrés de sucre mais bien sûr cela n’est pas si facile à mettre en œuvre !

        Quelques petites astuces pour éviter le sucre superficiel :
        -préférer les jus d’orange pur jus plutôt que ceux en concentré, beaucoup plus sucrés
        -augmenter sa consommation de fruits frais ou sous forme de compotes sans sucres ajoutés
        -attention aux céréales du petit-déjeuner pour les enfants (au miel, au chocolat ou au caramel), ceux-ci sont extrêmement sucrés. Préférer des céréales complètes ou du pain.
        -limiter la fréquence dans la semaine des produits sucrés par exemple les viennoiseries (qui sont également pleines de graisses saturées) ne devraient pas être consommées plus d’une fois/semaine…
        -si vous ressentez vraiment le besoin de sucre, les produits light peuvent être d’une bonne aide, attention toutefois car ils habituent le palais aux saveurs sucrées.
        etc…

        Le reste du travail est un peu de bon sens : éviter de sucrer son café ou son thé, limiter les sucreries, gâteaux, boissons sucrées, éviter les grignotages…

        Le sucre doit rester un petit plaisir dont il ne faut pas exagérer 🙂

        Pour plus d’information, vous pouvez aller sur le site mangerbouger.fr qui propose plusieurs fiches conseils sur le sucre mais aussi le sel, les matières grasses…
        http://www.inpes.sante.fr/CFESBases/catalogue/pdf/1176.pdf

    3. Il est effectivement temps de se rendre compte des conséquences de ces consommations sucrées……l éducation de nos enfants est alors primordiale!

    4. Les patients souffrants de stéatose sont de plus en plus nombreux .Ils sont effectivement très surpris d’apprendre que leurs foies ressemble à celui que l’on étale sur nos toast pour les fêtes ! Surtout ceux qui ne consomme pas ( ou peu ) d’alcool.
      Bon article qui éclaire sur une pathologie fréquente mais trop méconnue et sous estimée.

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