Accueil Santé publique Bigorexie : l’obsession du sport et de l’image corporelle

Bigorexie : l’obsession du sport et de l’image corporelle

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Une addiction est la dépendance physique et psychologique d’une personne à une substance ou à une activité. L’individu est pris au piège dans un cercle vicieux, il ne peut plus se passer de son addiction, et ce malgré sa volonté.

L’addiction au sport, ou bigorexie, fait partie des addictions sans prise de substance, elle est reconnue par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) depuis 2011 seulement. Selon Hausenblas et Downs, elle se traduit par un “comportement de pratique sportive excessive, incontrôlée, se manifestant par des symptômes physiques et psychologiques”. Environ 15% des personnes effectuant plus d’une heure de sport quotidiennement sont touchées par cette pathologie.

Il existe plusieurs types d’addictions au sport, citons par exemple la dépendance à la course à pied, ou celle à la musculation. À l’origine, le terme bigorexie vient des termes “big” et “orexie” qui signifient respectivement “gros” pour la masse musculaire ici, et “appétit”, mais il s’est élargi.

À partir de quand peut-on considérer que le sport est devenu une addiction ?

Lorsqu’un individu pratique quotidiennement la même activité sportive, se sent mal en arrêtant cette activité quand cela est provoqué par l’extérieur (symptômes de sevrage), continue à pratiquer malgré ses blessures, s’isole socialement pour exercer son sport et suit un régime alimentaire strict pour améliorer ses performances, on peut supposer que celui-ci est atteint de bigorexie.

En pratiquant de cette manière, les personnes recherchent un sentiment de bien-être, de plaisir, provoqué par la libération d’endorphines et de dopamine (hormones) dans le cerveau. Par ailleurs, elles souhaitent par dessus tout dépasser leurs limites, voir jusqu’où elles sont capables d’aller, et atteindre des performances toujours plus importantes.  Leur estime de soi augmente petit-à-petit par constat de modifications corporelles. Le circuit de la récompense se met alors en place : les connexions entre deux groupes de neurones renforcent le comportement addictif du sportif. Le développement de la dépendance est alors un processus multifactoriel.

Qui est le plus touché par la bigorexie ?

D’après un article publié en août 2016 par la NCBI (The National Center for Biotechnology Information advances science and health by providing access to biomedical and genomic information), il n’est pas encore réellement possible d’établir des différences entre les personnes bigorexiques et les non bigorexiques. En effet, les études sur le sujet sont peu nombreuses et ont été réalisées sur de petits échantillons. Cela entraîne des doutes sur la fiabilité et la robustesse des résultats obtenus. Les scientifiques ont cependant observé que les personnes addict au sport ont tendance à avoir une autre addiction comportementale en parallèle. En effet, elles auraient plus tendance à consommer des substances illégales, à être atteintes de troubles du comportements alimentaires, ou à vérifier sans arrêt l’évolution de leur apparence physique, en particulier musculaire. Par ailleurs, ces personnes auraient plus tendance à être anxieuses ou à avoir vécu des évènements traumatisants. La bigorexie touche en grande majorité les hommes. Enfin, d’après le concept d’habitus du sociologue français Bourdieu, le fait d’avoir été harcelé à l’école joue aussi un rôle dans le développement d’une addiction au sport : la personne s’est sentie faible dans le passé et va essayer de transformer son corps dans le but de se défendre et d’atteindre un capital physique qui correspond aux normes sociales.

Processus de guérison

Pour s’en sortir, le sportif devra d’abord prendre conscience de sa maladie et sortir du déni, ce qui est souvent un long processus. Ensuite, il pourra se tourner vers des centres spécialisés dans les addictions. Il n’est pas conseillé d’arrêter totalement la pratique du sport (comme c’est le cas avec l’alcool pour les alcooliques par exemple). Cependant, on recommande la pratique du sport à plusieurs, la diversification des activités, et la diminution du temps qui y est consacré.

Sources :

https://www.inserm.fr/thematiques/neurosciences-sciences-cognitives-neurologie-psychiatrie/dossiers-d-information/addictions

http://www.futura-sciences.com/sante/definitions/cerveau-circuit-recompense-16606/

https://www.esaip.org/wp-content/uploads/PSIR_SEP2016_ABSALON_BACHEVILLE_DARCEL_DE-FABRITIIS_PHILIPPON-2.pdf

http://www.ifac-addictions.fr/les-dependances-sportives.html

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4977020/

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